4 mars 2026

L'île haute

Le livre à offrir aux amoureux de la montagne et de littérature...dont je fais partie.
Au détour d'un passage dans une petite librairie vosgienne, il m'a appelée avec sa belle couverture et son titre évocateur.

Les premières pages nous plongent d'emblée dans l'hiver 43, en compagnie de Vadim, 12 ans. Envoyé dans les Alpes, près de Vallorcine et de Chamonix, pour « soigner son asthme », à un détail près…. désormais, il ne s'appelle plus Vadim mais Vincent. On lui a donné un baluchon et demandé d'être courageux. On comprend vite l'intention de sa famille : le protéger de la guerre.

Il est accueilli par une famille de montagnards : Blanche et son accent chantant, Louis et les autres. Mais surtout Moinette, la petite voisine qui s'impose comme sa rencontre fondatrice : petite soeur, complice, guide intrépide. À ses côtés, il apprivoise un monde où le jeu n'existe pas ; on s'occupe des bêtes, on trait les vaches, on retourne le fromage, on veille sur les anciens. Moinette avance sans plainte, droite, nécessaire.

Son autre rencontre fondatrice c'est la Montagne. Notre petit Vadim/Vincent arrive en plein hiver, au coeur d'une montagne décrite avec une précision saisissante : la météo, les conditions de vie, mais aussi cette montagne-mère, protectrice, dans laquelle Vincent s'abrite et découvre un monde nouveau. La luge avec Moinette, le ski avec Blanche (la scène de la première leçon de ski est d'une immense beauté) et cette chaleur humaine infaillible au milieu des tempêtes de neige.

Puis vient le vert du printemps, les premiers bourgeons, les animaux qui renaissent.

Et enfin le jaune éclatant de l'été dans cette vallée encaissée.

Chaque page est un délice de littérature: l'autrice mêle poésie, descriptions pointues, histoire de liens, témoignages de tendresse et évocation d'une vie plus douce, à l'écart des violences du conflit, dans ces montagnes préservée.

Et la joie de vivre

Je ne pensais pas qu’un livre pouvait provoquer un tel séisme intérieur. Des cauchemars, d’abord. Puis des pensées envahissantes. La sensation très nette qu’on ne sort pas indemne d’une telle lecture.

J’avais acheté ce livre après avoir entendu son autrice à La Grande Librairie puis sur France Inter et après avoir lu son interview dans ELLE. Je voulais avant tout prendre le temps de lire ses mots après l’avoir entendue raconter avec tant de calme l’ignominie qu’elle a traversée. Comprendre cette femme que je trouve profondément lumineuse.

La lecture est rude. Parce qu’il faut accepter une idée presque insoutenable : que de telles atrocités aient été commises par des hommes que l’on aurait pu croiser dans la rue. Des hommes ordinaires en apparence. Admettre aussi qu’il semble parfois ne pas exister de limite à la perversion et à la cruauté.

Et pourtant le livre est à l’image de son autrice : lumineux, digne, intensément fort.

Elle y raconte tout : l’amour immense, la confiance aveugle, puis le bourreau aux airs de mari ordinaire et la perversion de 51 inconnus. Sans jamais céder une once de place à la vulgarité, elle raconte surtout son désir de vivre et la manière dont elle est restée debout. Vacillante parfois, mais debout.

Fait étonnant : j’ai commencé ce livre dans un petit café de ma ville. Une femme d’une soixantaine d’années s’est approchée de ma table et m’a dit : « Vous avez raison de le lire en public ». J'ai beaucoup repensé à cette inconnue qui avait pris le temps de se lever pour venir me parler. Elle savait sans doute combien il est important de montrer notre solidarité. Et surtout de remettre la honte du bon côté.

2 mars 2026

Les vivants


S’il fallait résumer, je dirais lumineux ! 

Ambre Chalumeau, c'est cette jeune femme pleine de peps et de charme qui anime une chronique culturelle dans Quotidien. Chaque épisode de sa chronique me séduit par sa justesse et cette envie contagieuse de lire ou de regarder tout ce qu’elle recommande.

Son premier livre, Les Vivants, raconte l’histoire de Diane, 18 ans, sur le point d'entrer en classe préparatoire littéraire. C'est l'été, les amis et les soirées sont au programme. Mais tout bascule quand son meilleur ami Simon tombe dans le coma à la suite d’une méningite.

Au chevet de ce dernier, Diane et Cora ses deux meilleurs amies, évoquent des souvenirs d’enfance, des moments de leur adolescence et leurs angoisses face à l’avenir. La mort, la séparation, ou la possibilité de se retrouver : tout cela est au cœur de leurs préoccupations. Dit ainsi ca pourrait paraitre triste voire sordide mais c'est là le coup de maitre, elle nous fait rire; et pas qu'un peu ! Le livre regorge de punchlines bien senties (j'ai mis des croix dans toutes les marges), de métaphores à la fois loufoques et profondes, et de références pointues. 

En somme, le portrait plein d'humour d’une génération en proie au doute. Drôlement efficace comme thérapie !

Réviser la pharmacologie, en BD

Pour une fois, on va parler boulot sur ce blog !


Pourquoi apprendre la pharmacologie ne pourrait-il pas rimer avec fantaisie ? Une fois n’est pas coutume, tel est le projet de Nicolas PICARD et de VROB. Après Pharmacologix, qui nous avait entraînés avec humour dans les coulisses de l’Histoire du Médicament, voici que les deux acolytes reviennent avec un projet haut en couleurs : faire réviser notre discipline (pas toujours appréciée) en BD. Et, parce que transformer l’acquisition des connaissances en démarche personnelle et stimulante n’est pas chose aisée, Nicolas PICARD et VROB ont allié une fois de plus leurs neurones pour ce résultat éclatant.

L’intention est claire : moderniser la pédagogie, aider nos jeunes étudiants à mémoriser grâce à un support visuel des plus réussis sans concession sur la rigueur scientifique. La promesse n’est pas de simplifier excessivement, mais plutôt de proposer un autre accès à la complexité de notre discipline.

Tout est astucieux dans cet ouvrage : aussi bien la forme (une planche de BD additionnée de questions de réflexion et de quelques QCM suivis ensuite des éléments de correction) que le fond. 

En termes de contenu, tous les grands domaines de la pharmacologie sont abordés : endocrinologie, infectiologie, psychiatrie, cardiologie… Sans oublier un focus particulier sur la pharmacovigilance, avec de nombreuses situations de iatrogénie. Qu’il est bon de voir médecins et pharmaciens s’allier et se creuser la cervelle pour comprendre cette constipation opiniâtre chez Monsieur I ou encore les céphalées résistantes chez ce patient migraineux. Les interactions ne sont pas épargnées : CBD, antiviraux, médicaments à marge thérapeutique étroite… Autant de situations complexes rendues accessibles grâce à des cas de la vraie vie mis en couleurs. Chaque planche a été relue, retravaillée pour arriver à ce résultat « haute couture ». Pour l’avoir (discrètement) vu s’enrichir jour après jour, cas après cas, je peux vous assurer qu’il leur en a fallu des heures de travail et de relectures pour parvenir à ce résultat.

Et parce que l’idée est de pouvoir accompagner les étudiants tout au long de leur cursus, les auteurs n’ont pas oublié les repères pédagogiques. Vous  retrouverez pour chaque cas, la thématique, les items de l’internat correspondants et les compétences visées pour le parcours officinal dans un grand tableau introductif. Il ne vous reste plus qu’à piocher en fonction de la classe pharmacologique à réviser !

18 février 2026

L’aube sera grandiose


Parce qu’à la salle de sport, on pédale beaucoup mais qu’on parle aussi beaucoup de lectures, nous avons créé un petit club de lecteurs ! Ça s’appelle le RPM : pour Rencontre des Passionnés de Mots (pour ceux qui pratiquent le cycling, ou RMP, vous l’avez ?). On cause bouquins (ceux qu’on a aimés comme ceux qu’on a détestés, ceux qui nous font frémir ou pleurer), on fait des trocs, on se refile les livres en fin de séance.

Il y a quelque temps, notre super prof et super lectrice V m’a parlé d’un petit bijou qu’elle a dévoré. Ça s’appelle L’aube sera grandiose d’Anne-Laure Bondoux, dont j’ai déjà lu un roman.

Me voilà donc embarquée avec Nine et sa mère Titiana pour une nuit de confidences…

Le pitch est le suivant : Nine, seize ans, est embarquée un soir de fête de lycée par sa mère Titania vers un lieu tenu secret de l’adolescente. C’est une cabane isolée, au bord d'un lac. Au cours de cette nuit sans chargeur de téléphone et sans réseau (au grand dam de la jeune Nine, qui peste un peu de ne pas être avec ses copines), sa mère va lui conter l’histoire des siens et leurs secrets jusque-là enfouis. On y fait la connaissance des jumeaux Octo et Orion, et de la très libre Rose-Aimée, mais aussi de personnages ô combien attachants comme Vadim ou Jean Ba. Les quitter s’est révélé déstabilisant, tant mon attachement a été profond.

Par ailleurs, j’ai découvert que ce roman est un roman jeunesse (édité en broché chez Gallimard Jeunesse et chez Folio en poche) et qu’il a connu un beau succès auprès des ados ! Nos petits jeunes auraient-ils vraiment bon goût ?

On tourne les pages avec délectation, oscillant entre passé (le charme des années 60 jusqu’au rock and roll des années 80) et présent (et la relation intense entre Nine et sa mère), entre tendresse et vrais moments de rire (on se souviendra d’un match de foot, merveille d’humour).

Encore bravo à Anne-Laure Bondoux de nous avoir entraînés dans cette aventure familiale hors norme, et à V pour ce joli conseil littéraire.

La littérature « jeunesse », c’est aussi pour les grands, finalement !

L'île haute

Le livre à offrir aux amoureux de la montagne et de littérature...dont je fais partie. Au détour d'un passage dans une petite librairie ...