8 janvier 2020

Trois saisons d'orage

Un grand merci à Hélène R pour cette bien belle lecture rocailleuse !
Un livre lu lentement, comme pour mieux sentir l’âpreté du récit, en s’imprégnant de la poussière qui gravite autour de cette famille de médecins installée dans les pierre blanches d'une forteresse de falaises.  C'est l’histoire d’André,  médecin dévoué, de son fils Benedict (et sa femme Agnès) et de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins qui croise celle du jeune Valère, fils de paysan. Au fil des pages, on suit le destin de cette famille en terre hostile.  Les années passent (en quelle année est-on d'ailleurs ?), les orages grondent, la tension monte et le lecteur sent peu à peu que le drame est proche. 
Chapeau à la jeune auteur Cécile COULON, qui arrive en 300 pages à nous dépeindre les destins de ces hommes au cœur d'une nature majestueuse et dominatrice.. 

Sale gosse



L’histoire attachante d’un môme à la dérive, Wilfried et d’une éducatrice de la PJJ, servie par un langue brute et âpre. On sent le désir de l'auteur, un jeune journaliste, Mathieu PALAIN de nous raconter sans fioriture la vie des gamins nés du mauvais coté du périph'. Un roman, difficile à lâcher, terriblement humain.

23 décembre 2019

Einstein, le sexe et moi

L’extase du selfie de Philippe DELERM

20 ans plus tôt, je me délectais de ma première gorgée de bière avec Philippe Delerm dans un TGV Paris-Bordeaux. Le souvenir est gravé dans ma mémoire tant ce livre m’avait charmée. Les petits pois, les odeurs, ces infimes captures de vie, tout y était si merveilleusement décrit !
C’est dans l’intercités Paris-Limoges que j’ai lu « l’extase du selfie » et soyons honnête, la magie n’a pas opéré. Il manque ce qui faisait le charme des premiers opus, le naturel, l’inattendu. Là, le propos semble convenu, travaillé, torturé avec une désagréable impression d’auteur qui se regarde écrire... Et, même si tout n’est pas à jeter, certains passages sont même assez jouissifs de précision  (le foot, le bâton de noisetier), l’ensemble m’a paru sans grande saveur ! 

12 novembre 2019

Avec toutes mes sympathies

Olivia de Lamberterie signe son premier roman et je n’ai qu’une envie, lire et relire des passages entiers, le conseiller, l'offrir et en parler.
Si je connaissais la critique littéraire, sa voix et sa douceur (que j’ai tant de plaisir à retrouver le dimanche dans le Masque et la Plume), ce que j’ignorais, c’est son histoire familiale et le drame du suicide de son frère Alex, en 2015.
Avec une plume délicate, des mots simples, parfois non sans humour, elle nous décrit un frère profondément aimant, solaire, charismatique, habité par un mal longtemps non désigné : la dysthymie. Rien n’est glauque dans ce livre, tout est lumineux  : les réunions familiales, les étés sur les plages méditerranéennes, cette baraque aux tomettes rouges et les grains de sable dans le lit...
A chaque page, il est question de vie, celle de son frère mais aussi de ceux qui restent (Florence, Juliette et tant d'autres) qui s’unissent pour apaiser la souffrance.  Car oui, Olivia de Lamberterie nous parle de sa peine, de cette incapacité post traumatique à lire (pourtant son métier) et du besoin vital d’écrire et de raconter son frère. Quel ode à la vie, à la famille! On en sort les yeux plein de larmes avec l'impression d'être plus vivant que jamais.

A lire de toute urgence, c’est sublime.

11 novembre 2019

Séquoias

Je laisse la place et les mots à MM que j’ai vu dévorer ce roman en un grand week-end enneigé...Et quand au beau milieu de la nuit, j’ai entendu un « j’ai fini mon livre », j’ai compris qu’il avait été transporté !
Au milieu du XIXe siècle, trois frères chasseurs de baleines sur la côte Est des États-Unis décident de mettre les voiles a bord du bateau hérité de leur père pour répondre à l’appel de l’or californien. Cette épique épopée va voir les destins et les fortunes se croiser, s’éloigner ou diverger au fil des rencontres et des décisions de chacun, dans ce Far-West où tout est à faire et à construire.
Par son écriture efficace et incisive l’auteur ne nous donne ici qu’une seule envie : savoir de quoi sera faite la page suivante!

4 novembre 2019

Le bonheur n'a pas de rides

Ne boudons pas notre plaisir.  Dans la grande famille des feel good books, certains sont insupportables de mièvrerie et le style littéraire est tout simplement inexistant. Ici, rendons grâce à l'auteur, le charme opère. Nous voici embarqués au milieu une bande de doux dingues, dans une pension de famille au fond de la campagne, cohabitant cahin caha dans l'antre de Monsieur Yvon.
Dans cette auberge espagnole pour retraités,  on mange les couscous et les crèmes brulées de Nour, on fait du running avec Monsieur George, on rigole avec l'imposante Marcelline, on suit Juliette dans sa recherche de l'amour et surtout on sourit aux aventures de Paulette, odieusement attachante!
L'avantage de ces petits romans de gare, c'est que ça se lit dans le train, blotti au fond du siège d'un TER (à l'heure!). C'est doux comme un caramel, ça fait du bien au moral et ça s'oublie aussitôt fini!

16 octobre 2019

L'oeil du paon

Un bien joli cadeau d'anniversaire dévoré en un week-end. Merci MM !
Ça commence comme un conte poétique, sur une île croate. Héra l’héroïne contemple le plumage de son ami le paon," serti de cent globes ronds et brillants, ocelles hypnotiques disposés avec soin sur toute la longueur de la traîne". Sauf que le paon n'est plus, il est mort...Notre héroine moderne débarque donc à Paris sur les conseils de son père qui craint une malédiction.
Fraîchement parisienne, hébergée par une tante indifférente et autocentrée et un oncle absent, elle s'occupe de son petit cousin Hugo avec une générosité  évidente. Mais peu à peu, page après page, le récit  poétique vire au conte pour adultes, cruel et édifiant. Le fier et orgeuilleux paon réapparait, les artifices de notre société sont de plus en plus évidents, le cynisme rode et Héra se laisse contaminer.
À la question "ça t'a plu ? oh oui!  Mais ça t'a dérangé ? oh oui, et c'est sans doute aussi pour cela que je le conseille ! 

14 octobre 2019

L’homme parfait est une connasse

Merci AD pour de vrais fou rires et des phrases philosophiques aussi brillantes que « dans la vie, il y a deux choses qui ne mentent pas : les enfants et les leggings! » 
Merci d'avoir égayé ma ma pause déjeuner...
Merci pour les petits croix dans la marge. Je crois qu'on a les mêmes références...oh toi tu sais que "les cheveux blanc, ça fait moitié sorcière, moitié folle au pigeons"!! En attendant, j'arrache frénétiquement les miens ;)

Arrête avec tes mensonges

Premier tome de la trilogie "autobiographique" de Philippe Besson et dernier lu pour moi. Comme avec les précédents, c'est avec une infinie émotion que je referme la dernière page. Une fois de plus, il est question d'amour même si le mot est rarement prononcé, mais aussi d'adolescence, de sexualité, de corps qui s'attirent. On est en 1984 à Barbézieux, petit village de Dordogne.  Philipe Besson est un adolescent brillant, promis à un bel avenir.  C'est à cet âge qu'il rencontre Thomas Andrieux, discret et ténébreux,  fils de paysan avec qui il découvrira le vertige amoureux. C'est l'histoire d'une rencontre, celle qui annoncera les autres, celle que l’on ne pourra jamais oublier.
« Parce que tu partiras et que nous resterons » ... dit Thomas à Philippe. Tout est dit !

13 octobre 2019

Sex Mille personnes

On oscille entre rires et émotions, avec ces tranches de vie colorées (au sens propre comme au figuré grâce aux jolies illustrations d'Anne Boudart). C'est drôle souvent, c'est tendre aussi, âpre et rude à certains égards, émouvant assurément ...jamais vulgaire. On se retrouve un peu dans chacun de ces 80 portraits et on se surprend à lire deux fois certaines histoires tant elles nous font vibrer. Le Noir, l'histoire de cette femme encombrée par un corps trop volumineux, ou encore la Question (celle qu'on ne devrait jamais se poser) m'ont profondément émue.
Bref. C'est un concentré d'émotions à lire (tout seul ou à deux...) et à contempler sans hésiter.

2 septembre 2019

Lectures pyrénéennes

Au cours de ma semaine de vacances « coupée du monde », au sommet des montagnes, sans téléphone ni accès internet, j’ai pu bouquiner allègrement.
Voici un aperçu des 4 livres dévorés dans la semaine ...
1. Un bon donna Leon (égaré dans une étagère) avec un Brunetti transpirant, une Paola fidèle à elle-même et le charme vénitien...Où l’on fait la connaissance de la charmante Elettra et ses tailleurs colorés. Même si la fin est un poil bâclée à mon goût, le plaisir demeure.
2. Personne, prix Femina 2009. Un beau livre sur la maladie bipolaire, philosophique et troublant. Une écriture puissante pour raconter le destin d’un mouton noir. D’autant plus dérangeant que j’ai quelques souvenirs d’avoir croisé, avec mes yeux d'enfant, cet homme brillant.
3. Les poulets grillés : polar décalé et léger, parfait pour une matinée dans le brouillard ...et une fin de voyage dans un TER percutant un troupeau de vaches!
4. Les voyages de Daniel Ascher : une réflexion sur la famille, la paternité, la religion. Émouvant !

7 août 2019

Diner à Montréal

Dernier tome de la trilogie autobiographique* de Philipe Besson. 

Et s'ils avaient osé ? S'ils avaient osé vivre cette histoire interdite ? S'ils avaient envoyé valsé conjoint et conventions pour laisser exister cet amour ? Que seraient-ils devenus ? Seraient-ils plus heureux, différents ? Les fameux "et si..." qui nous hantent après une rupture. 
J'avais peur en ouvrant les premières pages d'être déçue. Au fond ne pouvais-je pas me contenter de la fin pleine de suspensions de "un certain Paul Darrigrand"? Les laisser là, page 220 dans cette librairie Québécoise avec leurs regrets et leurs silences. 
Dès les premières pages pourtant le doute s'efface, le style de l'auteur opère. Besson nous charme et nous malmène un peu aussi. En plaçant 18 ans plus tard ses 4  personnages : Paul, Isabelle (l'épouse, embourgeoisée désormais), Antoine (le jeune amant du moment) et lui même, dans un huis-clos oppressant (une salle d'un restaurant d'un quartier branché (je vous laisse savourer le passage du choix du lieu),  Besson nous convie à la table des regrets de la nostalgie, des questions sans réponses, des sentiments inavoués. Les échanges fusent, polis, anodins, bourgeois, entre verre de vin et cigarettes fumées par les conjoints. Ces pauses clopes, comme des bouffées d'oxygène (troublant pour une cigarette) qui seront l'occasion pour nos deux amants d'enfin parler à cœur ouvert.
Besson a définitivement un talent fou pour parler d'amours, amours vécues, inachevées, inoubliables pourtant (peut être parce qu'elles ont ce goût d'inachevé). "Il y a une seule chose dont je suis sûr" dit Paul à Philippe, "c'est que le seul fait de t'avoir connu, ça a fait de moi quelqu'un d'autre". N'est ce pas le propre de toute rupture amoureuse, nous laisser avec une blessure, dont la douleur s'en va avec le temps pour faire place à une cicatrice indélébile qui s'appelle le souvenir ?

* autobiographie, vraiment ? si le 2e tome me paraissait crédible, j'avoue que celui-ci a creusé le sillon du doute. Et si tout était faux ? Si on était dans la fiction pure ? Et si Besson se jouait (avec talent) de son lecteur ?  Si Paul Darrigrand n'était qu'un prétexte pour parler d'amour ? Et si...

Et après tout, quel est le problème, l'histoire même fictive n'entache pas la réalité du propos et des mots, si puissants et intimes.

5 août 2019

Un certain Paul Darrigrand


Comment dire à quel point ce livre m'a troublée ? Peut-être en vous disant simplement que je l'ai lu en 3 heures, que j'ai fini émue aux larmes avec la sensation que Philippe BESSON savait mettre des mots incroyables sur le sentiment amoureux. Que quelques heures après avoir refermé la dernière page de ce roman*, j'attaquais la suite "Dîner à Montréal"...
On est en 1988 à Bordeaux, ville oh combien familière et chère à mon cœur,  entre la rue Judaïque, la place Pey-Berland, le "Pala", l’hôpital Saint André et son jardin intérieur. Philippe Besson a 22 ans, sort d'une école de commerce avec un diplôme dont il ne sait que faire.  Il s'inscrit donc à la faculté de droit de Bordeaux espérant y trouver une voie plus noble. Il y rencontre Paul,  l'homme qui va bouleverser son année 88. Paul est marié à Isabelle (pétillante, généreuse, comment la détester ?), Paul sera l'homme des 5 à 7, l'amant, l'objet du désir fou.
Qui n'a pas vécu une telle passion (évidemment non durable au demeurant) mais qui vous donne ce sentiment d'immortalité ?  C'est d'ailleurs, ce joli parallèle que fait Besson puisqu'à la même période, on lui découvrira une thrombopénie idiopathique contre laquelle il luttera.
220 pages de poésie, pudeur, émotion pour raconter l'Autre, celui qui vous emporte, celui qui vous fait vous sentir vivant. Mais aussi cet Autre, dont l'absence vous déchire le cœur, vous fait vous sentir  incomplet. Cet Autre qui s'endort auprès d'une femme chaque soir et dont l'attente d'un signe, à une période où le téléphone portable n'existait pas devient insupportable.

"Une vraie saleté l'infériorité en amour" écrit Besson au milieu du roman.  Tout est dit. 
* roman ? (indique clairement la couverture). Qu'en est-il ? La trilogie (1. Arrête avec tes mensonges, 2. Un certain Paul Darrigrand et 3. Dîner à Montréal) est pourtant présentée comme l'oeuvre de la sincérité, les aveux intimes et explique même les précédents romans de l'auteur. On y reviendra. Est-un roman, une autobiographie, un récit autobiographique? Besson ne nous ballade-t-il pas entre réalité, souvenirs, fantasmes ? La lecture de l’épilogue "dîner à Montréal" a fait naître le doute. 

Nos père, nos frères, nos amis. Dans la tête des hommes violents

Je crois que je suis dans une lancée.  Après le livre de Gisèle Pélicot, qui m’a littéralement laissée à terre, j’ai enchaîné avec "Les...