2 juillet 2020

Avant que j'oublie

Le prix du livre Inter mérite vraiment qu'on parle de lui. Parce qu'il est question d'absence et par n'importe laquelle. Celle du père, un père malade, alcoolique. Avec une finesse incroyable, une infinie tendresse et beaucoup d'humour, l'auteur parvient à nous  faire aimer un homme en apparence bien rustre. Un peu déglingo nous dit-elle, décalé aussi, violent avec sa mère  lors des épisodes alcoolisés. Et pourtant, on s'attache, on l'imagine ascitique et épuisé sur son lit d’hôpital mais aussi pensif et poète dans sa caverne d'Ali Baba qu'elle doit vider après les obsèques.  Que d'amour, que de vide aussi, laissé par cet unijambiste dans le cœur de sa fille.  Chaque geste est enveloppé de tant de patience aussi lors de ses derniers instants. Les objets si ordinaires, livres, figurines, outils sont minutieusement décrits par l'auteur, sans imaginer pouvoir s'en débarrasser. Ils le racontent, lui, ce "contemplatif fin mais gauche, gentil mais brutal, généreux mais autocentré, dévoré par l'anxiété et la timidité, incroyablement empêché".
Quant à l'ironie, elle est partout, comme un pansement à la tristesse! "Je vais plutôt me mettre dans mon Everstyl et puis on l’inclinera. Ok si tu veux. J’ai tout plié en quatrième vitesse pour l’installer (...) actionné la télécommande du fauteuil tout confort à housse lavable qu’on vend une fortune à des gens qui vont mourir dans six mois. Des fauteuils à la con : sur Le Bon Coin, on en trouve des centaines, pris en photo dans des intérieurs marron sous tous les angles et dans toutes les positions. Particulier vend arrogante merveille de sophistication mécanique pour corps délabré stade final. Très peu servi. Prix à débattre."

Un très grand et beau livre! Merci Anne Pauly.

7 juin 2020

Les livres de mes vacances !


Pendant cette semaine, au bord de la mer, entre vélo et ballades en famille, j’ai pu bouquiner un peu. Au programme, du léger, très léger voire de l'aérien... qui m’a, il faut l'avouer fait du bien. Pour la grande littérature, on repassera !
  • Ciao Bella. Un peu facile, un peu cousu de fil blanc voire improbable à certains égards (qui devient copine avec sa psy ?) mais malgré tout une jolie plongée dans l’Italie, bercée par la Nonna et ses douceurs napolitaines ...
  • Il est grand temps de rallumer les étoiles. Faut avouer que Virginie Grimaldi est plutôt bonne pour les "feelgood books". Elle a un vrai talent pour vous embarquer dans son monde de bon sentiments, d’aurores boréales et autres joliesses, le tout non dénué d’humour...À lire dans un hamac, les pieds en éventail pour une bouffée de bons sentiments.
  • Une évidence d’Agnès Martin-Lugand. Cucul la praline à souhait. 400 pages qui auraient pu être résumées en 200. Ça se lit sans réfléchir, entre un tour à vélo et une ballade sur la plage...Tout y est prévisible, sucrée, optimiste. Le point positif, c’est que depuis ce livre, j’ai des envies de Bretagne et de découvrir les remparts de Saint-Malo.



27 mai 2020

Les papas du dimanche

Un livre qui fait du bien.
120 pages de tendresse et de douceur pour raconter les dimanches de ce papa fraîchement séparé !
Beaucoup d’humour aussi pour nous décrire l’ambivalence des sentiments : entre l’envie d’être la figure d'autorité et la peur de ne pas être aimé quand on ne voit les siens que 4 jours par mois. Comment concilier amour et absence, comment accepter qu'un autre homme passe davantage de temps avec la chair de votre chair que vous même ? Et comment réussir à  (re)trouver un équilibre.

6 mai 2020

La grande escapade

Blondel et moi c'est une longue et belle histoire. Il y a 10 ans, je lis Le baby-sitter, et je tombe sous le charme de ce style, simple et efficace! J'enchaine avec G221, (un de mes préférés), puis 6H41, et à chaque sortie un nouveau plaisir, comme des retrouvailles avec un ami cher.  Parfois émue (Et rester vivant), parfois bousculée (inoubliable Un hiver à Paris), quelque fois troublée (La mise à nue).

D’ordinaire, un Blondel, c'est aussitôt acheté, aussitôt dévoré ! Or, étrangement, La grande escapade, est dans ma pile à lire depuis quelques mois, il m'attend. Il attend le weekend parfait. Ce fut celui du 1er mai ! 

Ce dernier roman de Blondel sort des sentiers battus. D'abord par son propos, son cadre et son époque. Nous voila plongés au cœur des années 70 dans une école de province. On y rencontre des institutrices un peu old school (qu'on imagine volontiers avec des robes fleuries et des gilets sur les épaules) et des maitres qui aiment que les choses marchent à la baguette. Tous vivent en vase clos, autour de l’école, occupants les logements de fonction. Sur le terrain vague au bord de la voie ferrée, lieu de prédilection de la bande de gamins, chacun son rôle, chacun sa place. Le chef, son second, le bricoleur, le sensible... On grandit avec l'entrée au collège, on découvre la liberté avec un enseignant aux méthodes innovantes, on se forge une personnalité. Quant aux adultes, enseignants et conjoints, tout ce petit monde s'inspecte, se jalouse, se charme aussi.
Au total, c’est une bien jolie fenêtre sur une époque que nous offre Blondel: celle des premières classes mixtes avec toutes les réticences qui vont avec, l'époque d'une douce (et lente!) libération de la femme, de la fin du patriarcat. Et comme toujours beaucoup de tendresse et une analyse fine de la société et des rapports humains.
A lire, évidemment.



30 avril 2020

La place

Hier soir, le moral n'est pas à la fête...Il est long ce confinement, les journées professionnelles se suivent, je manque d'air, d’énergie et d’envies.
Il me faut un petit livre mais quelque chose d’intense, de puissant. Il trône en bonne place (ok, facile) dans ma bibliothèque depuis presque 10 ans avec sa petite étiquette  « occasion ».  Le sujet, je le sais, est intense : le rapport au père et aux origines et la déchirure avec sa propre condition. Peut-on s’autoriser une ascension sociale, quitter son milieu, ses codes sans les oublier ou les nier pour autant ?
L’écriture est belle, très épurée, presque télégraphique par moments, avec des expressions en italique, mots de ce père désormais absent mais qui revit entre des lignes. La honte aussi, et l’incompréhension d’une famille dont la vie, parfois nous éloigne. 
Indéniablement un bon choix pour ce 43e jour de confinement...

26 avril 2020

Violence : la Trilogie bordelaise (I)

Merci à Babelio et masse critique de m’avoir fait découvrir cet auteur (Philippe Charrac) et ce roman noir, très noir! L’action se déroule à Bordeaux ville que je connais particulièrement bien puisque j’y ai grandi (et même un peu plus). On y rencontre Lazare Servent, un flic secret et sombre comme je les aime. Le passé le rattrape bientôt puisqu’il doit enquêter sur la mort (horrible) d’une riche châtelaine bordelaise et de son personnel. Un roman sombre comme son flic, (attachant à plein d’égards) et plutôt bien écrit.
Et finir au commissariat de la rue Castéja, c’est un peu comme repasser dans cette rue de mon enfance (dans laquelle, on me répétait de vérifier ma ceinture de sécurité, à cause de ce pauvre planton dans sa petite cahute ...)

21 avril 2020

Mémé dans les orties

Du même auteur j'avais lu "en voiture Simone", gentillet mais totalement oubliable et au petit bonheur la chance, qui m'avait touchée par son propos. 
Là en revanche, je ne garde rien. Le roman tarte à la crème, ça va 5 minutes mais en période de confinement, c'est très  lourd à digérer.
Tout est cousu de fil blanc, on dirait un livre de le bibliothèque Rose entre Oui-Oui et le Club des cinq, et encore, dans le second, il y a plus de suspens.
Ferdinand 82 ans est un veuf acariâtre, il déteste tout le monde dans son immeuble et s'amuse à être pénible. L'immeuble le déteste...et veut sa peau. Ça commence pas mal, un peu de sarcasme semble pointer son nez. Arrive (page 25), la disparition de sa chienne Daisy!  Fin du sarcasme, s'en suivent une succession de clichés, et de petits miracles quotidiens tous plus couillons les uns que les autres. Oh miracle Ferdinand se rend compte qu’être seul, c'est  bien triste, que les gens autour de lui sont drôlement attachants et que la mémé d'à côté est sacrément coquette. En plus elle joue au bridge et la petite voisine lui porte des pâtes de fruits...Ça y est, l'indigestion est là, pour moi surtout! 
Quant à la fin, on frôle le Walt-Disney, la musique en moins. 
Passez votre tour!!

20 avril 2020

Unorthodox

Pour ceux qui me connaissent un peu, moi et les séries actuelles,  on n'est pas très copines... Les séries récentes que j'ai aimées se comptent sur les doigts d'une main (Tchernobyl, Big little lies, Sex Education).
Fut un temps, j'ai été fan de Friends, Urgence, Grey's Anatomy et Sex and the City mais cette époque est bien loin.  Actuellement,  j'ai du mal à rester captivée, à m'attacher aux personnages. Je suis bien incapable de m'enfiler plusieurs épisodes d'affilée, à la fois par manque d’intérêt et d'envie. 
Jusqu'à ....UNORTHODOX, une mini série Netflix. 4 épisodes de 50 minutes absolument époustouflants de justesse et d’émotion.  Tout y est, une histoire bouleversante, des personnages magistralement incarnés et une réalisation hors pair. L'histoire est inspirée (partiellement du moins) d'une histoire vraie. C'est celle d'Esther Shapiro, alias Esty, jeune femme juive de Williamsburg, à peine sortie de l'adolescence qui se retrouve mariée à Yanki, un tout jeune homme de sa communauté qu'elle ne connait pas. Esty rêve d’ailleurs, de liberté, d'une ouverture au monde que la communauté juive orthodoxe rigoriste ne lui permet pas. Elle s'enfuit donc de New-York aidée de sa professeur de piano et se retrouve seule dans un Berlin moderne et hétéroclite.  Elle y rencontrera un groupe de jeunes musiciens du conservatoire classique, aussi hétéroclites que la ville qui les accueille. Au travers des flashbacks, on comprend l'histoire de sa communauté, la rigueur de ses membres et le lien difficile à rompre. On y découvre aussi la place de la femme, de ses désirs (inexistants) et sa sexualité (subie).  Cette série est d'une précision incroyable, reconstitution, costumes, langues (la communauté parle Yiddish) (ne pas louper le 5e épisode, le making of) et les acteurs sont extraordinaires de vérité. 
Et moi, pendant 4 heures, au fond de mon lit, j'ai frémi, vibré, été émue aux larmes à maintes reprise devant ce bout de femme aux yeux perçants qui ne désire qu'une chose : vivre ! 
Un petit bijou à ne pas louper.

8 avril 2020

Au petit bonheur la chance

Une fois de plus, en cette période de confinement (pourtant propice aux activités solitaires), je ne suis pas très encline à la lecture. Ma concentration fait des vagues, le téléphone et les réseaux sociaux me happent vite. 
Pourtant, il a suffit des premiers chapitres pour tomber sous  le charme du petit Jean et de sa mémé Lucette. Elle est raide la Lucette pourtant, et ne semble pas particulièrement disposée aux  effusions.  Nous sommes à la fin des années 60, Jean est du jour au lendemain laissé aux bons soins de sa grand-mère, abandonné par sa mère Marie partie tenter sa chance à Paris et se libérer des pattes d'un compagnon violent. Jean grandit dans ce petit village sous l’œil de Lucette, Lucien le facteur,  sa tante Françoise, son amie Anita. Entre les lignes, on sent la colle Cléopâtre, les taches d'encre, les pommiers et le foie de veau de Mémé. On sourit de la candeur de ce bonhomme, de ses "mi-chats mi poneys" ou de "la pelle du général de Gaulle"...
Alors, oui, c'est un peu suave, doux comme un bonbon et plein de bons sentiments mais pas que. C'est aussi une jolie histoire de résilience et de pardon et un vrai questionnement sur le lien et la parentalité. Qui sont nos parents ? Ceux qui nous mettent au monde  ou ceux qui nous aident à grandir, en nous aimant et en nous donnant la force  et les valeurs pour affronter le monde...
Cent fois mieux que "En voiture Simone" du même auteur que j'avais trouvé assez banal et creux. 
Merci à SB pour ce cadeau, à mettre dans la pile des petits livres qui font du bien au cœur !

25 mars 2020

Le consentement

Je ne sais pas vous, mais en cette période anxiogène, morose, rythmée par le nombre de morts et le décompte des lits de réanimation, je ne parviens à lire. Impossible de me concentrer, impossible de focaliser mon attention sur les mots à l’exception des 140 qui composent un post sur Twitter. 

Et puis, après une discussion avec un pharmacien sentimental (il se reconnaitra) je me plonge sur ses conseils dans le Consentement de Vanessa Springora.
Il suffit des quelques premiers chapitres pour poser le décor : l'absence du père et la rencontre avec le charismatique et diabolique Gabriel Matzneff.  Il est célèbre et ne cache pas ses frasques pédophiles dans ses écrits....et pourtant la complaisance règne. On s'amuse presque de ses orientations sexuelles dans le grand monde ! Comment s’arrêter alors de lire ce témoignage ou l'histoire de cette relation toxique et destructrice avec un homme de 37 ans son ainé, amateur de chair fraiche, et manipulateur hors pair ? L'écriture est simple, belle, précise. Les faits sont là oui, mais c'est surtout la reconstruction de la femme qu'on entrevoit entre les lignes.
Restent néanmoins tant de questions à l'issue de cette lecture.  Comment cette situation a été acceptée par tous,  sa mère (probablement le personnage le plus énigmatique pour moi) mais aussi le beau monde, philosophes, penseurs, et autres figures littéraires d'une époque pourtant pas si lointaine... 
A méditer .



9 mars 2020

Surface

Un polar français super bien ficelé, avec des personnages très attachants. Page 3, Noémie, flic au célèbre 36, est défigurée par une balle lors d'une perquisition. Page 12, la voila placardisée dans un commissariat au fin fond de l’Aveyron entre Fouace aveyronnaise et secrets de famille. Le livre commence sur les chapeaux de roue et finit en beauté! Un régal d'intrigue et d'humour.
Je cours m'acheter un autre Oliver Norek.

8 mars 2020

Films des derniers mois

Les films des derniers mois 
Deux moi ⭐️⭐️⭐️
La vie scolaire ⭐️⭐️
Les misérables ⭐️⭐️
La reine des neiges ⭐️
la Belle Époque ⭐️⭐️
Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part ⭐️
Hors normes ⭐️⭐️⭐️⭐️
J’accuse ⭐️⭐️⭐️
Des hommes ⭐️⭐️
Le meilleur reste à venir ⭐️
Au nom de la terre ⭐️⭐️
La fille au bracelet ⭐️⭐️⭐️

L'art de perdre

Mais comment avais-je pu passer à côté de ce chef-d’œuvre ? Acheté il y a neuf ans, au moment de sa sortie, il m’était littéralement tombé ...