20 septembre 2026

L'art de perdre

Mais comment avais-je pu passer à côté de ce chef-d’œuvre ?

Acheté il y a neuf ans, au moment de sa sortie, il m’était littéralement tombé des mains. Au sens propre. En broché, il était lourd, rendant la lecture quelque peu compliquée dans le lit (oui, j’ai de vrais problèmes).

Il aura donc fallu toutes ces années, et la recommandation appuyée de ma soeur, pour que je décide enfin de m’y plonger… et de découvrir, avec une émotion immense, la plume incroyable d’Alice Zeniter.

Quelle merveille ! 

Ali, Hamid, Naïma… je vous ai adorés. À travers vos voix, j’ai découvert une histoire que je connaissais finalement si peu : celle des harkis, de leur exil, de leurs blessures, du déracinement, du silence aussi, et de tout ce qui se transmet, parfois malgré soi, d’une génération à l’autre. Votre histoire m’a bouleversée, bien au-delà de ce que j’imaginais. Elle résonne encore en moi et, je crois, n’est pas près de me quitter.

Mais il me reste un regret, et pas des moindres : ne pas avoir pu partager mes émotions après cette lecture avec mon père. Lui qui parlait si peu de l’Algérie, où il avait vécu plusieurs années avant 1962. Un silence que j’ai toujours attribué à la douleur. Il ne racontait rien. Quelques bribes, quelques souvenirs.  Comme si certains événements ne devaient pas être racontés, pour nous protéger. Je sais qu’il a lu ce livre. Je sais que ma sœur le lui a offert. Mais je ne saurai jamais ce qu’il en a pensé.

Et aujourd’hui, après avoir refermé L’Art de perdre, je rêve de pouvoir remonter le temps. De lui parler de ce roman et lui demander avec pudeur ce qu’il avait ressenti, ce que ces personnages et cette histoire avaient pu réveiller en lui. Peut-être ce livre aurait-il permis de libérer quelque chose et aurais-je posé des questions différentes. J'aurais, je l'espère, pu mieux écouter, nourrie par tout ce que je viens de comprendre grâce à cette lecture. 

C’est sans doute cela qui me bouleverse le plus : réaliser qu’un livre peut parfois nous donner les clefs d’une histoire… mais  que l'être le plus cher avec qui j'aurais aimé partager sur ce sujet n’est plus là.

Alors merci (Merci Marion pour le conseil) et merci Alice Zeniter, pour cette histoire nécessaire et profondément humaine.

Simplement, quel dommage d’avoir attendu neuf ans pour la lire ! 


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