3 janvier 2017

PATERSON, de Jim Jarmusch

En ce début d’année, je laisse la place à E, un fidèle des salles obscures (qui a la chance de pouvoir voir les films en VO, lui!!). Merci E et bonne année à tous et toutes
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"Pendant une semaine, chaque jour étant un tableau, la vie de Paterson (Adam Driver), chauffeur de bus et poète dans sa ville natale de Paterson, New Jersey, où vécurent avant lui William Carlos Williams (dont le personnage est inspiré) et Allen Ginsberg. Main Street dans la lumière du matin, conversations de bus, grands immeubles abandonnés, rappeur solitaire affutant son flow dans une laverie automatique, candeur amoureuse d’une belle jeune femme drôlement obsédée par le noir et blanc, rêves auxquels on laisse libre cours tout en les sachant irréalisables. Ici pas de tirades boursoufflées surlignées de violons («Ô Capitaine etc »), juste la vie d’un conducteur de bus qui noircit chaque jour les pages de son cahier secret sans même se soucier (malgré l’insistance de sa femme) de mettre à l’abri une copie de ses textes. Après tout « Ce ne sont que des mots… ». Le regard de Jarmusch sur le monde est un regard de poète et ce que sa caméra réussit à capter avec délicatesse (et humour) s’apparente à l’essence même de toute poésie : la beauté est décelable en toute chose et en chacun. 2017 commence bien."

27 décembre 2016

Cigarettes et chocolat chaud

Si vous avez encore l'occasion de voir ce film, allez y les yeux fermés. J'avais entendu l'acteur sur Inter, un samedi matin et cette histoire de père célibataire dépassé par la situation m'avait emballée.

Denis (interprété par l'attendrissant Gustave Kerven) est un papa veuf débordé par l'éducation de ses gamines Janis et Mercredi qui bosse jour et nuit pour subvenir aux besoins de ses petites. Malgré des océans d'amour, c'est clairement le bronx dans la maison, on mange des pringgles au goûter, on fait du catch et non de la danse classique,  le hamster est tout sec dans la cage et David Bowie est roi en la demeure !
Le jour ou une enquêtrice sociale (Camille Cotttin, à contre emploi avec son petit twinset et ses grands  principes éducatifs) oblige Denis à revoir ses modes éducatifs et à suivre un stage de responsabilité parentale tout est chamboulé...

 Le film est épatant de sincérité et d'humour : le stage de responsabilité est source de scènes loufoque, les gamines sont drôles, les répliques percutantes! On se marre assurément, mais surtout la réalisatrice aborde avec finesse des questions profondes telles que le handicap, la différence, le deuil.
Pour une première réalisation, que d'idées originales : on pense parfois à Gondry (le spectacle de cirque), à Little miss Sunshine et ses couleurs pop ou plus récemment à l'épatant Captain Fantastic qui abordait la question de la différence et de la paternité.
J'ai ri comme une baleine, pleuré comme une madeleine, et lorsque les lumières se sont rallumées, mes deux complices (que j'avais embarquées pour cette séance ciné) m'ont souri, aussi charmées que moi par cette délicieuse comédie familiale

La bande annonce est là:

La fille de Brest

Difficile pour moi de parler de ce film que j'attendais avec crainte et excitation. Crainte d'un ramassis d’âneries, et excitation face à ce sujet que j'ai vécu de l’intérieur. Ceux qui me connaissent le savent : la sécurité du médicament rythme mes journées! 
Le produit final est à l'image du livre, autocentré et convaincant. C'est évidemment un film à charge (contre Servier, l'Afssaps, les experts, les universitaires parisiens, la mollesse des experts) qui n'a qu'un objectif : mettre la lumière sur la pugnacité d'Irène Frachon, illustrer son combat à la Erin Brokowitch. Quitte à la rendre agaçante parfois !

PS: pour le microcosme de cette vigilance sanitaire, vous serez frappés par l'impression de tout connaitre: les lieux, les publications, les fiches de déclaration d'effets indésirables. Les scènes tournées à l'ANSM sont troublantes: on y reconnait le distributeur automatique, la plante verte de l'entrée, les micros de la salle de réunion....

Demain tout commence

Demain, tout commence c'est l'histoire d'un type volage qui découvre sa paternité le jour où son ex lui dépose un bébé dans les bras avant de filer dans un taxi.... Bien décidé à retrouver la maman, il part à Londres avec la petite Gloria sous le bras! Sauf que la maman est partie pour un long moment et ne refera surface qu’après des années. Entre temps, la relation entre Samuel et sa fille va grandir et les liens s'intensifier. On ne sait pas toujours qui est l'adulte dans leur relation mais la connivence est là...Il y a des couleurs partout, des toboggans dans l'appartement, des petites portes pour les enfants (comme dans Alice aux pays des merveilles), des courses poursuites, et des piscines à boules mais surtout des océans de tendresse! Trop, sans doute.... Les ficelles ne sont pas toujours très fines et le scénario modérément crédible mais faut croire que j'aime les comédies tendres et irréalistes qui n'ont qu'un objectif : nous détendre et nous émouvoir... Je suis sortie de la salle toute retournée, le mascara plus très net, séduite par la prestation d'Omar Si, qui, qu’on le veuille ou non et assez doué en matière de "transmission d'émotions" A voir en famille !

14 novembre 2016

Réparer les vivants

J'ai du mal à croire que ceux qui qualifient ce film de "sublime adaptation",  "superbe réalisation" et autres commentaires dithyrambiques ont réellement lu le livre! 
Reprenez le roman de Maylis de Kerangal relisez ses phrases à haute voix, sentez les respirer entre les virgules, surfez avec Simon, écoutez les mots, imprégnez vous des silences. Ou sont ces sensations dans le film? J'ai eu beau chercher, je n'ai pas ressenti un centième de l'émotion qui m'avait habitée à la lecture du roman. J'avais refermé la dernière page en larmes, j'ai quitté la salle sans le moindre tressaillement. 
Et oui, sans nulle doute, les acteurs sont bons, le propos crédible, les scènes parfaitement filmées mais il manque le flot sublime des mots qui rendait ce livre incontournable.  
Achetez le roman ;-) 

6 novembre 2016

Ma vie de courgette

Un très très grand film d'animation... non pardon "un très grand film tout court". 
Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas autant régalée au cinéma. On sort ému, attendri, et revigoré devant le charme de cette histoire pleine de saveurs colorées. Nous étions une dizaine dans la salle, des enfants avec leur maman pour la plupart. À la fin, régnait un calme étrange:  les mamans avaient les yeux tout mouillés comme moi, sortant discrètement un mouchoir de leur sac à mains et les enfants étaient silencieux : la magie avait  opéré! Courgette nous a embarqué dans son monde. Monde fait de petits personnages/marionnettes -oh combien réels et attachants, avec leur grosse tête, leurs  yeux immenses et leur sourire triste. Les détails fourmillent : cerf-volant, pulls en laine tricotés, crayons de couleur: tout est nuancé et précis - même le procès-verbal sur l'écran de l'ordinateur est lisible. 
Le film n'est pas triste, il est même franchement drôle à bien des égards : j'ai franchement ri lorsque que Simon (le gros dur!) explique le coït à ses copains, avec ses mots d'enfant : "la femme transpire beaucoup et elle est tout le temps d'accord". Le personnage de Raymond, le policier, est lui aussi particulièrement réussi: dans l'ombre, sensible, solitaire. On l'aime avec son bonnet et ses cactus. 
Vivement le DVD! 

26 octobre 2016

Liberté conditionnelle

Merci à Babelio et aux éditons Plaisir de lire pour cet envoi et cette lecture.
Un roman sympathique plutôt bien écrit mais sans grande originalité! L'histoire est assez classique  : Matthias & Magali, deux personnages opposés, amenés à se croiser au détour d'une chambre d'hôpital. Un chapitre (court) par personnage,  rien de transcendant dans la forme. 
Elle est célibataire assistante sociale, mignonnette sous des airs coincés, férue de recyclage et dotée d'une famille étouffante. Lui, c'est Mathias, bourru, macho, fan de bagnoles et de soirées entre mecs. Il est à l'hôpital, elle l'aide dans les démarches administratives tout en le trouvant particulièrement agaçant.
Près de 300 pages, lues au cours de mes récents trajets en bus, avec l'espoir au fil des chapitres d' un Matthias un peu moins macho et une Magali enfin épanouie!

23 octobre 2016

Chanson douce

Qu'il est troublant ce livre !
Il dérange, il captive...dès le premier chapitre. En quelques lignes, on comprend qu'il y a eu un assassinat, celui de deux gamins, et un suicide raté, celui de leur nounou. 
Chapitre 2, la vie est là, les gamins bien vivants. Louise, la nounou débarque dans la vie d'un jeune couple parisien, Paul et Myriam. Elle a tout pour plaire cette Louise,  aime les enfants (plus que la sienne), elle astique, elle cuisine, repasse, attentive au moindre détails. Discrètement, elle se rend indispensable. Leïla Slimani avec talent conte l’intolérable, la folie ordinaire, au travers du portrait d'une famille bourgeoise, parisienne, trop occupée, face à la psychose latente d'une nourrice. Et le lecteur est happé, à la recherche de détails, de ce grain de sable qui va tout faire grincer, la tension monte, il le sent. Page après page, le malaise s'installe, insidieusement, la lutte des classes est palpable (jamais écrite), la jalousie est en filigrane, la folie progressive. C'est un thriller : un vrai, un grand !

Le teckel

Un film atypique : entre poésie, cynisme, tendresse et âpreté. C'est l'histoire d'un teckel (wiener-dog) (oui, je l'ai vu en VO!!) qui passe de famille en famille et y plonge le spectateur. Il sera tour à tour le meilleur ami d'un jeune garçon rescapé d'une maladie  élevé dans une famille aseptisée (fabuleuse Julie Delpy), récupéré par une jeune vétérinaire seule et perchée (Greta Gerwig que j'avais tant aimée dans Frances Ha), amoureuse d'un marginal, puis par un jeune couple de trisomiques, un scénariste raté (Danny deVito) et une vieille acariâtre en fin de vie. 
La petite bête à l'intestin fragile est le témoin de situations cyniques, cruelles, absorbe leurs angoisses face à la mort, la maladie, l'échec...Il est impassible, toujours tendre, face à des situations de plus en plus noires. On y sent la solitude de ces américains, entre peur de mourir et stress de vivre! 
Intrigant moment de cinéma ...à voir! 

18 octobre 2016

Le tendre baiser du tyrannosaure

Un petit roman d'Agnès ABECASSIS dont j'avais, jusque-là, lu 2 ou 3 romans, plus ou moins oubliables! Si "tribulations d'une jeune divorcée" m'avait bien fait rigoler, "Le théorème de Cupidon" m'avait en revanche parut fade et stérile. 

Celui-là m'a été gentiment offert (MERCI S.) et dédicacé! 

Comme toujours, ça se lit aussi vite que ça s'oublie, sans peine, même dans le brouhaha d'une colonie de vacances (ahhh, les voyages en train!), avec plus de plaisir qu'un magazine...On y fait la connaissance de Félix, un paléontologue un peu trouillard, Tom le flic tatoué et romantique, Ava et sa bande de copines (Olive, Régine and co). On les suit dans leurs tribulations, leurs envies (ou pas!) de bébé, de divorces, de démission, de plan cul, le tout arrosé d'apéros de copines ;-) Rien de bien original mais de la chick litt' respectable. (On est bien loin des fous rires procurés par les crevettes tout de même !) 

10 septembre 2016

Les Crevettes ont le coeur dans la tête : Journal sexy d'une trentenaire

Un délice de chick' litt' d'une fraicheur incroyable!
C'est drôlissime (je riais comme une baleine un chapitre sur deux), bien écrit, addictif (ou comment résister à l'envie de lire aux heures de boulot!!)  et bourré de détails qui nous ressemblent toutes. Les rencards ratés, les soirées de copines, les boulets...bref les joies d'une trentenaire sexy !
Ayatollahs de Lire et ardents défenseurs de Télérama :  passez votre tour ; les autres, foncez c'est jouissif!

AD, les chickettes, vous confirmez ?

Les putes voilées n'iront jamais au Paradis

J'ai du mal à décrire ce que m'a inspiré ce livre, perdu sur une table du club de vacances dans lequel je séjournais, entre deux Harlequins et 3 "nous deux". (cynisme quand tu nous tiens...). J'avais entendu, il y a un mois, les critiques du Masque s'écharpaient au sujet de ce roman. Certains le trouvaient pornographique : il l'est. Voire racoleur (je suis moins d'accord). Certain(e)s le trouvaient réaliste et poignant : c'est vrai aussi. Chahdortt Djavann, auteur franco-iranienne mêle dans son roman, le récit de deux amies d'enfance, séparées à l'âge de 12 ans et les portraits/témoignages crus et teintés d'humour noir de prostituées iraniennes lapidées ou étranglées. À travers ces témoignages tragiques et cyniques, on comprend (si l'on peut la comprendre ?) la folie islamiste, la terreur, la haine des corps féminin, l'obsession sexuelle des hommes et la négation absolue de la féminité. Qu'ai je ressenti ? Mille choses. Assurément de la gêne, de la terreur mais aussi de la curiosité (un peu dérangeante) et un profond un sentiment de malaise aussi. On en sort non indemne, déroutée, perdue, entre réalité et fiction. A lire.

3 septembre 2016

Dans les prairies étoilées

Sur la 4e de couverture, la mise en bouche suivante : Merlin, auteur d'une série BD à succès, perd son vieux copain Laurent, qui lui a inspiré son héros, Jim Oregon. Comment continuer à le faire vivre dans ses dessins, d'autant que dans son « testament », Laurent lui impose deux contraintes pour l'album à venir. 

Mon avis : Marie-Sabine Roger (dont j'ai dévoré tous les précédents romans)  a vraiment  des talents de magicienne. J'ai simplement adoré cet opus qui mêle poésie, tendresse, esprit littéraire et humour !  
Poésie dans les descriptions des bulles de BD de ce cher Merlin, 57 ans, personnage atypique, scénariste et dessinateur de bande-dessinée et illustrateur de planches d'encyclopédie. Que de légèreté dans ses dessins d'oiseaux, que l'on imagine bourrés de détails, de couleurs, à l'image de la couverture (superbe) du livre.
Talent aussi, Marie-Sabine Roger nous embarque, saute d'un monde à l'autre : entre BD et RÉALITÉ, nous emporte avec elle dans les vaisseaux intergalactiques de ses personnages, comme dans l'atelier de Merlin. Talent littéraire particulièrement  car chaque chapitre regorge de jeux de mots, d'expressions créés de toute pièces, plus fantasques les unes que les autres ! 
"Prune, en tablier à petits carreaux vichy,
 armée d’une écumoire et d’une cuillère en bois, touille dans un chaudron de cuivre aussi grand qu’elle. Elle est cernée d’étagères immenses, couvertes de bocaux de confiture maison, sur lesquels, quels que soient les fruits, on peut lire en cursive à l’ancienne : « Confiture de Prune". L'auteur manie à la perfection les mots, les fait rimer, les fait chanter (la scène de la rencontre entre la délicieuse Prune et Merlin est particulièrement réjouissante...)
Humour enfin, car oui, j'ai ri. Au bord de la mer, sur mon transat, dans l'avion du retour: partout. Ma voisine de vacances se retournait souvent pour me dire : "il a l'air chouette ton bouquin" (spécial hommage ici au plombier, Monsieur Bombala)! 
Quant à l'histoire, elle vous happe, mêlant réflexion sur la littérature, ses héros, nos héros et notre attachement aux personnages.
Un immense bravo à cette grande dame !

2 septembre 2016

Livres et Sardaigne

Au programme de cette semaine de vacances ensoleillées, il y eut : 
1. Les putes voilées n'iront jamais au paradis de Chahdortt DJAVANN (laissé dans le hall de l'hôtel par un client ...)
2. Repose toi sur moi le dernier Serge Joncour (dévoré en 72h)
3. Dans les prairies étoilées de Marie Sabine Roger (parfait entre 2 baignades)

Les 3 avis arrivent ! 

L'art de perdre

Mais comment avais-je pu passer à côté de ce chef-d’œuvre ? Acheté il y a neuf ans, au moment de sa sortie, il m’était littéralement tombé ...