16 mars 2023

Mes fragiles

Quel livre et surtout quel écrivain! Jérôme Garcin m'a une fois de plus touchée en plein cœur avec son récit autobiographique. En une petite centaine de pages, il nous raconte comment en l'espace de 6 mois il a perdu sa mère et son frère, Laurent, atteint du syndrome de l'X fragile. Le COVID aura eu raison de lui. L'âge aura eu raison d'elle.

La plume de Garcin est superbe, les mots si bien choisis pour exprimer le vide laissé par ces deux-là,  mais aussi la relation qui les unissait. Tout deux passionnés de peinture (réaliste pour l'une, abstraite et lumineuse pour le second), leurs existences semblaient  indissociables. Que dire de la tendresse infinie de cette mère pour cet enfant "différent" et le soutien infaillible du fils pour cette femme devenue si fragile.

Beaucoup d’émotions à la lecture de ce livre.


12 mars 2023

La décision

Mon 2e roman de Karine Tuil. De l'auteur, j'avais beaucoup aimé "les choses humaines" pour l’intelligence du point de vue et la finesse avec laquelle elle nous questionnait sur le consentement sexuel. 

Ici à l'inverse, j'ai trouvé le propos caricatural et la mise en scène excessive.

Alma est une juge  d'instruction antiterroriste, acharnée de travail. Mariée avec un juif de plus en plus pratiquant, le couple "mixte" s'éloigne, l’incompréhension grandit. Cause ou conséquence de ce délitement conjugal, Alma a rencontré quelques mois plus tôt Emmanuel, un avocat aussi féru de travail avec qui elle vit une passion amoureuse relativement destructrice. Pour compliquer l'affaire, le-dit Emmanuel est aussi l'avocat qui défend Abdejalil Kacem un jeune homme suspecté d'avoir rejoint l'État islamique et qui jure être allé en Syrie pour aider une population opprimée, affaire confiée à Alma. Pendant des mois, elle doit instruire le dossier avant le possible procès du jeune homme.

Son unique mission,  faire la lumière, en toute objectivité et prendre la fameuse décision, celle qui conditionne la vie d'un homme et de sa famille, et/ou la sécurité de l'état français. Incarcération ou remise en liberté ?  Le livre est entrecoupé des auditions du jeune homme qui nous raconte ses motivations pour le départ en Syrie pour mieux nous éclairer sur la difficulté de l’instruction.

Le roman  est incontestablement  documenté, mais manque de sincérité à mon humble avis.  Faut dire qu'il n'est pas aisé de raconter une "fiction" sur un sujet aussi réel. D’autant que mes derniers choix littéraires n'ont pas du jouer en la faveur de Karine Tuil puisque j'ai lu ce livre juste après V13, la claque littéraire d’Emmanuel Carrère sur les attentats du 13 novembre. Un livre brut, puissant et inoubliable,  sur le sujet du terrorisme.

Forcément, à coté, le livre de Tuil sonne un peu "faux", artificiel et les ficelles scénaristiques (notamment dans le dernier tiers) sont gênantes. Quant aux personnages, ils sont, je trouve, caricaturaux (ultra-religion du mari, égoïsme de l'amant, froideur de l'épouse d'Emmanuel). Bref, l'émotion n'était nullement au rendez-vous pour moi.

Je pars sur un tout autre style avec Murène.

18 février 2023

Les Sources

Marie-Hélène Lafon et moi c'est une histoire d’amour littéraire depuis plus de 10 ans. J’avais à peine 30 ans lorsque j'ai lu l’annonce. J'aime sa rugosité, sa plume sublime (des phrases à lire à haute voix) et sa façon si particulière de décrire le Cantal et les paysans. 

Dans son dernier livre, les Sources, il est question de violence conjugale à la fin des années 60 dans une ferme auvergnate. Cent pages saisissantes, 3 actes, 3 points de vue pour raconter le quotidien d'une femme, mère de 3 enfants,  soumise quotidiennement à la violence du mari. La force du livre tient dans sa puissance stylistique  pour raconter l’insoutenable. Pas de description démonstrative des coups,  mais une écriture râpeuse sans fioriture pour décrire les humiliations quotidiennes, les remarques dévalorisantes, la brutalité ambiante et les quelques moments de répit (l'heure se la sieste de l'homme) qui exacerbent le caractère étouffant de la situation et l'emprise masculine. 

Vient ensuite le point de vue de l'homme, sans jugement, juste les faits, son isolement inexorable et sa tendresse pour ses filles, Claire et Isabelle.  Avec  Gilles, le petit dernier, tout semble plus compliqué,  ce fils non à son image, plus sensible et proche de sa mère.

Les dernières pages du livre donnent la parole à Claire, la cadette,  à l'heure de refermer la ferme familiale,  50 ans plus tard. La balançoire est toujours là, un peu branlante, les cicatrices aussi. 

Une merveille de littérature. A lire avec le moral toutefois (ou un verre de vin pas loin...).



12 février 2023

Tout le bleu du ciel

Pour introduire cette critique, j'avais envie de vous raconter le contexte d’achat. Jour de RTT, je me retrouve solo, sous un beau ciel bleu, en ballade dans une petite commune du Limousin. Comme j'aime les livres et encore plus les librairies, je décide de ne pas quitter le bled sans un souvenir papier...C'est ainsi que je ressors de la librairie locale avec ce bouquin de 850 pages, récemment conseillé par une amie lectrice.

850 pages tout de même : ce n'est pas rien. A t-on vraiment besoin de 850 pages pour raconter un périple en camion dans les Pyrénées ?

Quel voyage me direz-vous ! Le dernier grand voyage d'Émile, chez qui vient d'être posé le diagnostic d'Alzheimer précoce, avec pour compagne, Johan une jeune femme mystérieuse, rencontrée par une petite annonce plus qu'insolite.

Spontanément j’aurais dit non! Surtout parce que je n’ai pas une passion pour les pavés. Mais, plus j’y réfléchis, plus je me dis que ces 850 pages sont utiles, elles servent à densifier les personnages, leur créer un passé, des failles, des amis, une vie d’avant pour mieux comprendre leurs émotions, les démons qui les habitent et leurs réactions au quotidien. C’est aussi de jolies pages pour mieux savourer la nature, la rencontre avec les personnages secondaires et le temps qui reste (2 ans, c’est rien et tout à la fois).

Finalement, entre flashbacks, rencontres pyrénéennes, journées au milieu de la nature au fils des saisons, on tourne frénétiquement les pages jusqu’à un final saisissant qui m’a émue aux larmes (au sens propre).

9 février 2023

Les enfants endormis



Quel plaisir que la lecture de ce livre !

L'histoire c'est celle d'une famille. Une famille de commerçants dans l'arrière pays niçois. Dans cette famille, on est boucher, de père en fils. L'entreprise familiale se porte bien.  

Début des années 80, Désiré, l'oncle de l'auteur, enfant choyé, ne s’intéresse pas beaucoup au commerce parental, il a d'autre envies, il voyage, fait des rencontres et des expériences. Les années 80 c'est aussi les premiers cas de SIDA, alors non nommé ou si mal nommé ("cancer gay" notamment) dont Désiré fera partie.

Née en 82, j'ai grandi avec l'idée de l'existence du SIDA (qui plus est dans une famille de dermatologues...). On parlait sans tabou des risques à la maison, on parlait des modes de contamination, et d'annonce de la maladie. On parlait moins de le vie des malades, ni celle de leur famille et du vide thérapeutique de l'époque. J'avais encore moins les bases (j'étais sans doute trop petite) pour comprendre tous les rouages de la recherche scientifique, les rivalités franco-américaine, l'urgence des essais cliniques...

C'est tout cela que le livre parvient à allier. C'est avec une facilité déconcertante que l'auteur entremêle science (le livre est ultra documenté), réflexion sociologique et récit intime  pour mieux rendre hommage aux premières victimes du sida et à tous les chercheurs. 

Au cours de cette lecture, il est troublant de constater les parallèles avec la pandémie mondiale que nous venons de vivre  :  phobies générées, emballements médiatiques,  dérives scientifiques mais aussi une urgence commune d'agir.

12 novembre 2022

Ce matin là

Ce matin-là, la voiture de Clara refuse de démarrer. Comme un signe. Ce matin là personne ne démarrera, ni Clara, ni la voiture. C'en est trop. Trop d'injonctions, trop de pression, de compte à rendre, d'heures de travail. Pour qui ? Pourquoi ? C'est l'histoire d'un trop plein. Une soupape qui explose. Clara se réfugie chez elle et sombre dans un mal-être sans nul autre pareil. Plus d’appétit, plus de goût à rien. Les amis, l'amoureux, plus personne ne semble capable de lui venir en aide. 

Un livre sur le burnout, ça peut paraitre triste voire sordide. Bizarrement celui la ne l'est jamais. Car si l'auteur parvient dans une première partie à décrire la souffrance et les doutes de Clara (la meilleure partie pour moi), elle réussit avec beaucoup de finesse à laisser entr'apercevoir l'élan de vie en chacun de nous. 

Une retenue s'il en fallait une, la sortie du tunnel est un peu "rapide" moins travaillée que la chute de Clara.

La famille Martin

La famille Martin, un nouvel achat totalement influencée par mes errances sur Instagram. 
 
Mon dernier Foenkinos (deux sœurs) m'avait fait l'effet d'une tisane tiédasse, sans réel intérêt. Je pense même que je ne suis pas capable d'en raconter l'intrigue. Mais il serait bête de rester sur un échec et je me laisse tenter ! 

Le point de départ : un auteur en mal d'inspiration, décide de raconter l'histoire de la première personne qu'il rencontre. Il tombe sur Madeleine Tricot, ancienne couturière chez Chanel. Madeleine a eu deux filles. Valérie, son ainée est mariée  à Patrick. Ils ont deux ados aux problèmes d'ados (tirer la tronche et tirer son coup). Valérie en a marre de l’indifférence de son mari; le dit mari est en plein harcèlement professionnel. Terriblement banal tout ça. Histoire de bien faire comprendre au lecteur que ces gens sont un peu comme nous, ils s'appellent les Martin. Bienvenue dans la nuance !

Mais parce qu'il fallait faire un roman édité chez Gallimard de tout cela,  l’auteur choisit de se placer en "live" de cette banalité, s'inviter avec sa page blanche (ou son Macbook pro, qui sait ?) au cœur de la famille, participer aux repas et aux engueulades. Original et inventif diront certains. Mouais. Bof. C'est trop peu crédible.

Les 5 personnages sont particulièrement inégaux. Si Patrick Martin (sans doute le personnage qui m'a le plus touchée) est dépeint avec finesse par l'auteur, les adolescents sont beaucoup plus fades (volontairement ?) et Valérie est un poil caricaturale en ménagère en pleine crise de la  cinquantaine.  Quant à Madeleine, la vieille dame, pseudo-héroïne romantique , elle aurait mérité selon moi plus d'attention. 

La patte Foenkinos est bien là, bien appuyée : réflexion sur l'amour, la famille, la sororité. Les traditionnelles notes de bas de pages (elle font gentiment sourire) sont aussi au rendez-vous.

En somme, si vous aimez les histoires de gens ordinaires, pourquoi pas. Si vous voulez une roman captivant, passez votre tour!



26 octobre 2022

Mes récentes sorties ciné

Je re-fréquente les salles obscures et ce n'est pas pour me déplaire. En quelques semaines, j'ai enchainé les séances.

Maria rêve : parfait pour un dimanche triste. Une petite comédie romantique tournée aux Beaux Arts (avec plein de clins d'oeil gentiment taquins sur l'art contemporain) portée par un couple d'acteurs très attachants. Karine Viard est crédible en femme de ménage, douve et naïve face à l'ours, gardien des beaux arts, interpertée par le colossal (au sens propre) Grégory Gadebois. M'en faut pas plus pour me faire rêver moi...

Novembre : entrée dans la salle 19h45, sortie 21h30. Au milieu 1h45 de pure action, le souffle coupé et l'impression d’être happée. Tout est au cordeau, les acteurs (Dujardin Demoustier, Kiberlain sont magistraux) le rythme, les dialogues.  Le spectateur devient l' enquêteur pendant ces 5 jours sans sommeil, sans jamais de pathos ni jugement sur les attentats. 

L'innocent : tout bonnement FORMIDABLE. Loufoque, émouvant, incroyablement bien interprété. A ne pas louper. Sans doute ce que j'ai vu de plus réjouissant ces dernières semaines.  Chapeau monsieur Garel!

Les enfants des autres : un film qui vaut le coup principalement pour ses deux acteurs, Virginie Efira et Roschdi Zem. L'histoire c'est celle d'une envie d'enfant à en crever, de celle qui vous prend aux tripes, vous fait compter les jours qui vous rapprochent de la ménopause. Le sujet n'est pas une problématique familière pour moi, toutefois, l'histoire d'amour est si belle et la détresse d'Efira si perceptible que je ne suis ressortie avec les yeux un peu humides. 

Chronique d'une liaison passagère. Emmanuel Mouret est un réalisateur que j'aime ...sans doute comme les 11 spectateurs avec moi dans la grande salle de mon cinéma indépendant. Oui, Emmanuel Mouret passe plutôt dans les cinémas d'art et d'essais. Dans son dernier film, une femme célibataire (Kiberlain) et un homme marié (Macaigne) deviennent amants. Le contrat est simple : se voir pour le plaisir, la légèreté, et ne pas tomber amoureux, facile à dire me direz-vous!  Pourquoi j'aime les films de Mouret ? Parce que pour parler d'amours, d'adultère, d'attachement, de regrets avec poésie et délicatesse, il est particulièrement doué. Et parce que, comme toujours, je me suis laissée bercée par la diction de ses personnages, la musique d'un autre siècle, les têtes à têtes amoureux dans des couloirs d’hôtel et les rendez-vous furtifs dans les jardins publics...


12 octobre 2022

Nos rendez-vous

31 août 2022, la tristesse chevillée au corps, je pars me balader à vélo. Un livre, voila ce qu'il me faut. 

Je scanne le présentoir de ma petite librairie arcachonnaise, à la recherche d'un livre court et puissant.  

Oh une belle photo et une 4e de couverture alléchante: on y parle d'amours, ratées certes, mais d'amour surtout ! J’achète ce petit roman avec l'impression d'avoir, pour un coût modique, ma pilule anti-bourdon dans le sac et rentre me réfugier à la maison. 

L'histoire d'Amélie et Vincent, l'histoire de rendez-vous loupés, d'une mauvaise synchronisation, de deux êtres qui ne cessent de se croiser. Une jour à la Sorbonne à la fin des années 80, Amélie fait la connaissance de Vincent. Ils passent la nuit à discuter, l'alchimie est là. Une seule envie, se revoir, parler encore, s'aimer. Coup du destin (et pas le dernier), le 2e rendez-vous, quelques jours plus tard ne se fera  pas. S'enchainent alors une successions de croisements, errances dans des histoires d'amours fades, retrouvailles au mauvais moment. Chacun fait sa vie, bon an mal an, gardant au fond de lui le souvenir de cette nuit étudiante si prometteuse...

Avec un style bien particulier, Eliette Abecassis nous raconte le destin de deux êtres qui n'ont pas osé (ou n'ont pas pu oser) et c'est franchement bien ! 

NB : J'ai perdu mon papa le 1er septembre, le lendemain de cet achat qui prend donc une saveur si particulière, celle d'un dernier rendez-vous...



4 septembre 2022

Lectures de vacances à vélo

Notre rando vélo estivale m'aura entre autres plaisirs, permis de me réconcilier avec la lecture, devenue difficile pour moi ces dernières semaines. 

3 livres pour une semaine de pédalage, un chouette rendement et surtout deux bien belles lectures. 

  • Il y eu d'abord un petit bijou de cynisme d'Hervé le Telllier : "Toutes nos familles heureuses". Dépourvu de tout filtre, Le Tellier nous offre un récit acerbe sur ses ancêtres. Tout simplement réjouissant !  
  • Puis, dans un court roman, Jean Louis Fournier, bien moins acide qu'à l'accoutumée rend un très bel hommage à sa mère dans "Ma mère du Nord". Le livre fait écho à " Il a jamais tué personne mon papa" qui racontait l’alcoolisme paternel et ses conséquences familiales. C'est désormais sa mère l’héroïne, toujours dans l'ombre. Une lecture particulièrement émouvante.
  • Beaucoup moins mémorable enfin, "Haute saison" d'Adèle Bréau, un feelgood book, cousu de fil blanc mais néanmoins plaisant comme habituellement avec cette autrice.

Le coeur et le chaos

Impossible de me souvenir quel compte Instagram m'a permis de découvrir cet âpre et moderne roman choral. Merci à lui, quel qu'il soit. 

Le cœur et le chaos, c'est 3 personnages, 3 destins, qui se croisent. 

Aurélien, 30 ans, rêveur et raveur paumé. Alice, radiologue, perdue dans une vie trop conformiste, tentant d'exister au travers de sites adultérins et qui se noie dans une boulimie sexuelle. Et enfin, Iris, quatre-vingt-dix printemps, égarée dans un appartement trop grand luttant vainement contre une saleté d’Alzheimer. 

Dans un Paris moite et en proie aux mouvements sociaux, ces trois êtres en souffrance vont se croiser. Il suffit parfois de pas grand chose, un vélo de livraison, un banc, un IRM. Ils veulent tous partir. Dans l'autre monde pour Iris, vers une autre vie pour Alice et vers des horizons plus bleus pour Aurélien.

Une lecture rude pour moi à certains égards, tant les sujets étaient d'actualité mais qui résonne vraiment fort, y compris plusieurs jours après la dernière page. 

C'est d'ailleurs dans le jardin de la maison familiale que j'ai terminé cette lecture, profondément bouleversée par ces mots  : « Jeune, je vivais comme tous les jeunes, en ignorant la mort. Je me gargarisais par ailleurs de l’accepter a priori parce que ça n’engageait à « rien, parce que c’était si loin. La vie éternelle me faisait horreur, elle ôtait tout intérêt à l’existence en n’y opposant aucune limite. Je ne crois pas pouvoir affirmer que l’idée d’une vie éternelle me soit aujourd’hui beaucoup plus séduisante, même si elle était vécue dans de bonnes conditions physiques et psychiques, mais enfin, mon approche de la mort n’en est pas moins fondamentalement différente. Son imminence bouleverse nettement l’idée qu’on s’en fait". 

Comme m'a dit très justement ma mère, "étrange comme tu aimes les histoires de gens cabossés toi". Je n'ai pas été déçue.

La commodes aux tiroirs de couleur

"Emportée" serait le mot le plus adéquat pour décrire mon sentiment à la lecture de ce court roman. Sa couverture bariolée me tentait depuis des mois, à chaque relais H, chaque visite à la librairie.  J'avais même réussi à résister à la tentation du supermarché, lors de notre rando-vélo faute de place dans la sacoche ! C'est finalement lors d'une escale SNCF libournaise, un peu à court de littérature, que je m'autorise le craquage. Sans regret ! 

En 10 chapitres, ouvrant un tiroir pour chaque tranche de vie,  Olivia RUIZ nous raconte l'histoire, superbe et haletante de sa grand mère adorée, Rita, petite gamine espagnole ayant fuit la guerre civile puis amante, mère, épouse.  

Jamais de mièvrerie dans l'écriture mais un beau regard sur la vie de femme et une ode à l'amour sous toutes ses facettes : amour maternel, amour passionnel et charnel avec Rafael, amour sororal, amour infini de ses petits enfants...

La fin est étonnante, pleine de folie et d'espoir. 


22 avril 2022

Lectures de printemps

La moisson de printemps a été plutôt bonne cette année 

Les critiques détaillées sont en cours ! 


1 mars 2022

Ma belle,

Camille Anseaume : c'est l'écrivain que j'aurais rêvé d'être…(suis passée pas loin :  si tu changes toutes les lettres à "apothicaire" ça fait "écrivain" ! )

Fan inconditionnelle depuis la première heure avec « un tout petit rien », j'aime tout dans ses livres, la plume, la sensibilité, la gravité saupoudrée d’un humour décapant.

C'est surtout l’écrivain qui me fait discrètement m’échapper du boulot à la pause déjeuner, le 16 février, jour de sortie nationale pour courir à la librairie du centre, me procurer l'unique exemplaire de son dernier roman. A 13h15 il est entre mes mains, il va falloir résister à la tentation de lire en cachette au boulot, patienter avant de se délecter.

J’ai tenu jusqu’au weekend et n’en ai fait qu’une bouchée. Faut dire que les ingrédients étaient réunis pour me plaire …

Dans ce nouveau roman, elle aborde la question, oh combien sensible de la belle-maternité. 

« Belle mère », comme je n’aime pas ce mot. « Mère » non assurément, c'est pas l'idée, il/elle en a déjà une, « belle » encore moins et certainement moins que la sienne !

Le rôle de belle-mère, en général, on ne l’a jamais demandé, ça vous tombe comme cela sur le coin du nez, le package est à prendre ou laisser. Les conditions du contrat aussi, sont imposées… garde alternée pour certaines, un weekend sur deux pour d'autres, les vacances scolaires pour quelques-unes (moi). C'est aussi une place à trouver, un rythme à prendre, un équilibre à ajuster et réajuster. Entre des rapports cordiaux, inexistants, tendus, y'a t'il un espace pour une relation apaisée ? La question est entière.

Mais au delà de la question de la belle-maternité, le livre questionne aussi, avec un talent fou la question de la féminité, de l’apparence, de notre rapport au corps. Si tu es belle, « tu t'en sortiras » ! J'ai longtemps cru à ce paradigme, beaucoup trop souffert de ne pas être désirable/désirée, persuadée que l'enveloppe n'était pas conforme aux standards. Et finalement après des années de lutte acharnée, on finit par trouver un modus vivendi avec ce fichu corps. Mais là aussi l'équilibre est précaire, les réajustements nécessaires au quotidien :  Oui, tu n’es pas comme cette fille sur Instagram, mais une jolie âme c'est chouette aussi. 

Je me sens un peu toute nue après cette critique, mais il m’était difficile voire impossible de dire pourquoi j’ai tant aimé ce livre sans se dévoiler un peu. C’est chose faite….

 Merci Camille, vous m'avez bouleversée (et j’adore ça).

 

 

6 février 2022

Ce qu'il faut de nuit

Quel claque! 

Je l'avais vu passer sur Instagram, conseillé par Anne Gaëlle Huon, je l'avais glissé dans ma liste des "livres à acheter", reposé à la librairie, prétextant une PAL déjà bien trop longue puis recroisé un dimanche matin lors de mes courses au super U.  Hop dans le panier! et oui, j’achète quelques fois des livres dans mon supermarché.

Et, je n'ai  pas regretté. Il fut dévoré en un petit weekend...terminé les yeux très embués. J'ai même relu le dernier chapitre pour ne pas quitter ces trois là trop vite.

C'est l'histoire d'un père qui élève seul ses deux garçons, tous les trois tentent de (re)vivre en l’absence de la Môman, les années passent, et les enfants grandissent, font des rencontres...C'est surtout une tension qui monte, une écriture qui se fait de plus de plus âpre, jusqu'au point de bascule. C'est l'histoire d'un père qui ne pourra hélas pas contrôler tous les choix de ses gosses. 

Le livre pose mille questions: comment continuer à vivre en harmonie quand les orientations politiques s'opposent, doit on nécessairement pardonner à ses enfants, est-on responsable des actes de la chair de sa chair ?  Et surtout, la chagrin lié au non pardon n'est il pas encore plus douloureux à porter que celui de l'acceptation du pire ? 

Il n'y a aucune leçon, aucune ligne de conduite, chacun fait comme il peut pour survivre et s'adapter. (comme l’écrivait si justement Clara Dupont Monot dans son récent S'adapter).

L’écriture est à l'image du roman, tendue, quasi rocailleuse, violente pour mieux placer le lecteur dans le cœur déchiré de ce père entre culpabilité et amour.

L'art de perdre

Mais comment avais-je pu passer à côté de ce chef-d’œuvre ? Acheté il y a neuf ans, au moment de sa sortie, il m’était littéralement tombé ...